Preface de Christian Caujolle

Lorsque j'ai vu les <Bad Girls> pour la premi¨¨re fois, en 1988, ce genre de <cr¨¦atures> n'existait officiellement pas en Chine. Et c'est sous un pseudonyme que certaines furent publi¨¦es, en France, dans un magazine comme <Lui > qui apparaissait d¨¦j¨¤ largement r¨¦tro face ¨¤ l'apparition d¡¯une pornographie de plus en plus hard.

J'ai aim¨¦ d¨¨s le premier instant ces <mauvaises filles> - qui ne sont pas toutes, des filles - dans ce qu'elles avaient de beaut¨¦ v¨¦n¨¦neuse, d¡¯identit¨¦ ¨¤ la fois douce et troublante, d¡¯¨¦vidence de personnages de fiction, de litt¨¦rature et parce qu'elles semblaient bien souvent ¨¦chapp¨¦es d'un tableau. Elles ¨¦taient des cousines aux yeux brid¨¦s et ¨¤ la peau soyeuse des h¨¦roïnes de Balthus et elles ¨¦taient avant tout elles-m¨ºmes, en repr¨¦sentation devant le photographe pour assumer leur propre role ou celui qu¡¯il leur assignait.

Vingt ann¨¦es plus tard, ces filles n'ont pas pris une ride et elles me touchent toujours aussi directement : elles restent aussi myst¨¦rieuses et coquines qu¡¯au premier jour, semblent s'offrir et se donner et se d¨¦robent plus que jamais. Filles de papier et de lumi¨¨re aux v¨ºtements soigneusement choisis ou ôt¨¦s, elles s'affirment mais n¡¯en disent jamais assez pour que nous les cernions : elles restent image, mais, heureusement, des images qui pourraient ne pas ¨ºtre sages au sens ou l'entend le dicton. Vraiment sages, en fait, parce qu'elles s'assument, avec un courage qui n'avait alors que celui du photographe, pour affirmer corps et d¨¦sir, sensualit¨¦ et ¨¦l¨¦gance faite de peu mais toujours magnifi¨¦e par un sens du geste, du port, de l'abandon m¨ºl¨¦ de fermet¨¦ du corps.

Ces mauvaises filles ont quelque chose d'¨¦ternel, de non dat¨¦. Elles deviennent imm¨¦diatement des figures embl¨¦matiques d'une id¨¦e de la f¨¦minit¨¦ qui dialogue imm¨¦diatement avec les promesses de l'¨¦rotisme. Elles se donnent ¨¤ voir avec un malin plaisir et se dissimulent suffisamment pour ¨¦veiller le d¨¦sir, sinon la concupiscence. Effeuiller leurs noms, ¨¦grener leurs diff¨¦rences, se heurter ¨¤ leur singularit¨¦, c'est comme parcourir des mondes qui se croisent sans jamais vraiment se rencontrer.

Entre les images en noir et blanc, si caract¨¦ristiques de l'approche directe et subtile de Zhang explorant son r¨¦el imm¨¦diat de l'¨¦poque et les compositions plus picturales en couleur se tisse un monde mental travers¨¦ de beaut¨¦s. Des beaut¨¦s trompeuses d'une certaine mani¨¨re, car elles sont avant tout illusion photographique, portrait qui se refuse et se donne, ¨¦vidence et frustration, d¨¦pendance au r¨¦el et absence de mat¨¦rialit¨¦.

C'est peut-¨ºtre tout cela qui m¡¯a, spontan¨¦ment, fait aimer ces <mauvaises filles> qui en devenaient soudainement excellentes. C'est en tout cas ce qui fait que je les aime toujours, de façon, peut-¨ºtre, plus lucide.

 

Christian Caujolle
Paris 2014

       
 
             
Zhang
Hai'er
               
 
             
 
             
4 color printing
21x14cm
92 pages